Érik Bullot

Cinéaste et théoricien. A publié récemment L’Attrait des ventriloques (Yellow Now, 2022) et Apunts de cinema (Filmoteca de Catalunya, 2023). Il présente une exposition personnelle, Voyages en kaléidoscope, au centre d’art Les Tanneries en 2025. Il enseigne le cinéma à l’École nationale supérieure d’art de Bourges.

Ouverture

Érik Bullot

La crise sanitaire récente a ébranlé nombre de nos usages. Sommes-nous vraiment revenus dans les salles de cinéma ? Rien n’est moins sûr. Notre désertion ne tient pas à la seule circonstance, elle cristallise sans doute un désarroi plus profond. De fait, le cinéma n’est plus présent seulement dans les salles de cinéma traditionnelles, et nos écrans domestiques en disséminent les avatars à loisir. La ligne de partage entre le virtuel et le présentiel ne cesse de se déplacer.

Paru dans La Revue Documentaires n°33 – Programmer


Manifeste du film papier

Érik Bullot

Dans son très beau film Cien niños esperando un tren, réalisé en 1988, Ignacio Agüero suit un atelier d’initiation au cinéma destiné aux enfants, mené par l’éducatrice Alicia Vega, dans une banlieue pauvre et misérable de Santiago du Chili. Dans une chapelle laïcisée pour la circonstance, sans support technologique, Alicia Vega envisage le cinéma sous sa forme artisanale et modeste : fabrication de jouets d’optique en carton, dessin sur des rubans de papier, usage de caméras postiches et de carrioles en guise de rails de travelling. Ces outils fragiles et précaires éveillent les enfants, qui ne sont jamais allés au cinéma, à la magie des images animées. Et lorsque les élèves sortent de leur classe en formant une chenille constituée d’un ruban de dessins, suite de photogrammes processionnaire, le cinéma semble soudain s’incarner, doué de vie et d’éclat, sous une forme performative.

Paru dans La Revue Documentaires n°34 – Terrains


Le dialogue des films

Érik Bullot

Qui ne connaît pas Federico Rossin ? Critique, historien du cinéma, programmateur, Federico Rossin ne cesse de parcourir les lieux culturels du cinéma en Europe, qu’il s’agisse de festivals comme le Cinéma du réel à Paris, le Festival du film de Pesaro en Italie, les États généraux du film documentaire à Lussas ou DocLisboa à Lisbonne, mais aussi de cinémathèques et de réseaux d’éducation populaire. Érudit, curieux, passionné, il présente des programmes originaux, basés sur des recherches personnelles, des visionnages exhaustifs, pour écrire de nouveaux chapitres de l’histoire du cinéma. Nous avons souhaité l’interroger sur sa pratique et sa conception de la programmation.

Paru dans La Revue Documentaires n°33 – Programmer


Hommage à Marie-Pierre Duhamel-Muller

Érik Bullot

À l’heure de clore ce numéro consacré à la programmation, nous apprenons la disparition de notre amie Marie-Pierre Duhamel-Muller, bien connue par nombre d’entre nous au sein de La Revue Documentaires. Sa profonde connaissance de l’histoire du cinéma, son attention constante à l’actualité, sa sensibilité teintée d’ironie auront nourri ses programmations et ses rencontres avec le public, le dialogue avec ses étudiants et son soutien fidèle aux cinéastes. Sa disparition nous laisse pantois et désarmés.

Sujets : In memoriam
Paru dans La Revue Documentaires n°33 – Programmer


Clignements de paupières

Érik Bullot

« On peut aisément se représenter un langage qui ne consisterait qu’en ordres et en communiqués durant la bataille – ou un langage ne consistant qu’en questions et en une expression de l’affirmation ou de la négation. Et d’innombrables autres. Et se représenter un langage signifie se représenter une forme de vie », écrit Wittgenstein. L’exemple proposé par le philosophe ne laisse pas d’être curieux. Constituée d’ordres et de communiqués, la communication militaire est envisagée comme une forme de vie réduite à son expression la plus laconique. La situation décrite rappelle l’économie propre à un tournage, souvent comparé à une bataille, obéissant à un plan de travail rationnel par souci d’efficacité et de rentabilité, selon un modèle hiérarchique, relevant fréquemment, dans le cas du cinéma industriel, d’une technique militaire d’occupation de territoire. L’expérience d’un tournage représente-t-elle une forme de vie ?

Paru dans La Revue Documentaires n°29 – Le film comme forme de vie ?